Dans les montagnes de l’ouest du Yunnan, au village de Xiangzhuqing, pousse un théier que l’on présente souvent comme le plus vieux théier cultivé du monde. Son surnom : « la mère de tous les thés ». Âge, botanique, théiers anciens et plantations, thés noirs et puer de la région, et la meilleure façon de les préparer : voici ce que l’on sait vraiment.

Xiangzhuqing, au cœur du district de Fengqing
Le Yunnan, dans le sud-ouest de la Chine, est considéré comme l’une des régions d’origine du théier. On y trouve encore des théiers sauvages et des arbres cultivés très anciens, en particulier dans la préfecture de Lincang, à l’ouest de la province.
Le district de Fengqing fait partie de cette préfecture. C’est une terre de thé de longue date, réputée pour ses théiers à grandes feuilles. Le vieil arbre se trouve près du village de Xiangzhuqing, en montagne. En Chine, on le connaît aussi sous le nom de Jinxiu Cha Zu, « l’ancêtre du thé de Jinxiu », du nom du village voisin.
Province du sud-ouest de la Chine, l’un des berceaux du théier.
Préfecture de l’ouest du Yunnan, grande région de théiers anciens et de puer.
District du village de Xiangzhuqing, connu pour ses thés noirs Dian Hong.
Un arbre estimé à plus de 3 000 ans
Selon les estimations locales, le théier de Xiangzhuqing aurait plus de 3 000 ans ; le chiffre de 3 200 ans est souvent avancé. Il faut lire ce nombre avec prudence. On ne peut pas compter les cernes d’un arbre vivant de cet âge sans l’abîmer, et les estimations reposent sur la taille du tronc, la croissance de l’espèce et des comparaisons. Aucune méthode ne donne de certitude.
Ce qui est sûr, c’est qu’il s’agit d’un arbre exceptionnel : un tronc massif de plusieurs mètres de circonférence, une hauteur de l’ordre d’une dizaine de mètres, et le statut de théier « cultivé », c’est-à-dire planté ou entretenu par l’homme, et non sauvage. C’est ce qui lui vaut son titre de plus vieux théier cultivé connu. Il est aujourd’hui protégé et attire de nombreux visiteurs.
Quelle espèce botanique ?
Les théiers de Fengqing appartiennent pour l’essentiel à la variété à grandes feuilles Camellia sinensis var. assamica, celle des thés du Yunnan et de l’Assam. Pour le vieil arbre lui-même, la classification est discutée : certains botanistes le rattachent à une espèce voisine, Camellia taliensis, fréquente parmi les très vieux théiers de l’ouest du Yunnan.
Attention
La production d’un seul arbre, même immense, est infime. Un thé présenté comme récolté sur « l’arbre de 3 000 ans » mérite donc la plus grande prudence. Les thés de Fengqing que l’on trouve dans le commerce proviennent d’autres théiers anciens ou de plantations du district.
Théiers anciens (gushu) et plantations
Au Yunnan, on distingue deux grands types de cultures. Les gushu (古树, « vieux arbres ») sont des théiers centenaires ou plus, que l’on laisse grandir en arbres. Les plantations en terrasses, appelées taidi cha, alignent des buissons taillés bas, plus récents et plus productifs.
| Théiers anciens (gushu) | Plantations (taidi cha) | |
|---|---|---|
| Âge des plants | Souvent plus de 100 ans | Quelques années à quelques décennies |
| Port | Arbres, parfois de plusieurs mètres | Buissons taillés à hauteur de cueillette |
| Cueillette | Lente, parfois à l’échelle | Rapide et régulière |
| Rendement | Faible | Élevé |
| En tasse | Réputés pour leur profondeur et leur longueur en bouche | Profil plus direct, parfois plus vif |
| Prix | Élevé | Plus accessible |

La mention « gushu » n’est encadrée par aucune définition officielle. Faites confiance à des vendeurs qui indiquent précisément le lieu, l’année de récolte et le type de théier.
Le Dian Hong, thé noir de Fengqing
Dian est l’ancien nom du Yunnan, hong signifie « rouge » : en Chine, on parle de thé rouge pour ce que nous appelons thé noir, en référence à la couleur de la liqueur. Le Dian Hong est né à Fengqing à la fin des années 1930, et le district reste l’une de ses régions de référence.
Fait à partir de feuilles et de bourgeons de théiers à grandes feuilles, il se reconnaît à ses nombreux bourgeons dorés et duveteux. Sa liqueur est ambrée à rouge, ronde, souvent décrite avec des notes de malt, de miel, de cacao ou de patate douce, et peu d’amertume quand il est bien infusé.

Le puer, l’autre grand thé du Yunnan
Le puer est l’autre grande spécialité du Yunnan, et Lincang l’une de ses principales régions de production. Il est élaboré à partir des mêmes théiers à grandes feuilles, souvent pressé en galettes. On en distingue deux grands styles :
- Le puer cru (sheng) : les feuilles sont séchées puis pressées, et le thé évolue lentement au fil des années. Jeune, il est vif et végétal ; affiné, il devient plus rond et plus boisé.
- Le puer cuit (shou) : une fermentation accélérée, mise au point dans les années 1970, lui donne d’emblée une liqueur sombre, douce, aux notes de sous-bois et de terre.
Conseil
Pour détacher des feuilles d’une galette, glissez une pointe ou un petit couteau à puer sur le côté et soulevez doucement des couches entières, plutôt que de casser les feuilles. Comptez 5 à 7 g pour une petite théière de 100 à 120 ml.
Préparer ces thés : gaiwan, Yixing ou fonte
Les thés du Yunnan aiment une eau très chaude, de 90 à 100 °C selon le thé. Trois ustensiles s’y prêtent particulièrement bien.
Le gaiwan
Pour découvrir. Neutre, il ne retient aucun goût : idéal pour comparer plusieurs thés.
- Dian Hong : 4 à 5 g pour 120 ml, 90 à 95 °C, 10 à 15 s puis plus.
- Puer : 5 à 7 g, 95 à 100 °C, infusions courtes.
La théière en argile de Yixing
Pour approfondir. Son argile poreuse se prête aux infusions répétées.
- Une théière par famille de thé : une pour les puer, une pour les thés noirs.
- Contenance de 100 à 250 ml.
La théière en fonte
Pour les grandes tasses. Elle garde la chaleur longtemps.
- Dian Hong : 2 à 3 g pour 20 cl, 90 à 95 °C, 3 à 4 min.
- Retirez le filtre à la fin de l’infusion.
Pour bien choisir, consultez nos guides sur les théières en argile de Yixing et comment choisir une théière en fonte. Vous trouverez aussi nos gaiwans et nos théières en fonte chinoise.
Un puer en petite théière, pas à pas
- Réchauffez la théière et les tasses avec de l’eau frémissante, puis videz.
- Déposez les feuilles : 5 à 7 g pour 100 à 120 ml.
- Rincez une ou deux fois, quelques secondes à peine, pour réveiller les feuilles pressées. Videz cette eau.
- Infusez 10 à 20 secondes à 95-100 °C, puis versez la totalité dans un pichet.
- Poursuivez en allongeant un peu chaque infusion : un bon puer en supporte souvent une dizaine.

Cette manière de faire, avec attention et sans précipitation, rejoint l’esprit du Cha Dao, la voie du thé chinoise.
Questions fréquentes
Où se trouve l’arbre à thé de Xiangzhuqing ?
Près du village de Xiangzhuqing, dans le district de Fengqing, préfecture de Lincang, à l’ouest de la province du Yunnan, en Chine.
L’arbre a-t-il vraiment 3 000 ans ?
C’est l’estimation avancée localement, souvent 3 200 ans. L’âge d’un arbre vivant aussi ancien ne peut pas être mesuré avec certitude : il faut le prendre comme un ordre de grandeur.
Peut-on acheter du thé de cet arbre ?
La récolte d’un seul arbre est minuscule et l’arbre est protégé. Méfiez-vous des thés qui se réclament de lui sans preuve. En revanche, de nombreux thés de Fengqing proviennent d’autres théiers anciens ou de plantations du district.
Quelle différence entre Dian Hong et puer ?
Le Dian Hong est un thé noir, oxydé, en feuilles. Le puer est un thé souvent pressé en galettes, cru ou cuit, qui évolue avec le temps. Tous deux sont faits à partir de théiers à grandes feuilles du Yunnan.
Quelle théière choisir pour ces thés ?
Un gaiwan pour découvrir et comparer, une théière en argile de Yixing réservée à une famille de thé pour approfondir, une théière en fonte pour servir de grandes tasses de thé noir.
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