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Que contient une tasse de thé ? Caféine, théine, L-théanine et polyphénols

Théine ou caféine, polyphénols, L-théanine : ce qui passe des feuilles à la tasse, et comment température et temps d'infusion changent l'équilibre.

Une tasse de thé, c’est à plus de 99 % de l’eau. Mais le petit reste suffit à tout changer : la couleur, l’amertume, la douceur, la sensation en bouche. Caféine, polyphénols, L-théanine, arômes… Voici ce qui passe réellement des feuilles à la tasse, et comment la température et le temps d’infusion décident de l’équilibre final.

Trois tasses de thé aux couleurs différentes, du jaune pâle à l'ambre foncé, alignées sur une table en bois clair

Théine et caféine : une seule et même molécule

Au XIXe siècle, les chimistes qui ont isolé cette substance dans les feuilles de thé l’ont baptisée « théine ». On a ensuite constaté qu’il s’agissait exactement de la même molécule que la caféine du café. Le mot est resté dans l’usage courant, mais la chimie est claire : théine et caféine, c’est la même chose.

Ce qui change d’une boisson à l’autre, c’est la quantité de caféine et tout ce qui l’accompagne dans la tasse. Le thé contient aussi, en très petites quantités, deux molécules de la même famille, la théobromine et la théophylline, ainsi que des centaines de composés aromatiques.

2 à 4 %

Caféine : ordre de grandeur courant dans la feuille sèche. Plus élevé dans les bourgeons et les jeunes feuilles.

20 à 30 %

Polyphénols : la famille la plus abondante dans la feuille fraîche (matière sèche). Ils font l’astringence et la couleur.

1 à 2 %

L-théanine : principal acide aminé du thé, davantage dans les thés verts ombragés. Elle porte la saveur umami.

Ordres de grandeur indicatifs : les teneurs varient selon la variété du théier, la saison, la cueillette et la transformation.

Combien de caféine dans une tasse de thé ?

Il n’existe pas de chiffre unique. Pour une tasse de 20 à 25 cl préparée avec 2 à 3 g de feuilles, on cite le plus souvent une fourchette d’environ 20 à 60 mg de caféine. Une tasse de café filtre de même volume en contient généralement davantage. Mais d’une tasse de thé à l’autre, l’écart peut aller du simple au triple.

La famille du thé (vert, noir, blanc…) compte finalement moins qu’on ne le croit. Ce qui pèse vraiment :

  • La quantité de feuilles : doubler la dose double à peu près la caféine disponible.
  • La partie cueillie : les bourgeons et les jeunes feuilles sont les plus riches. Un thé blanc de bourgeons n’est donc pas forcément « léger ».
  • La taille des feuilles : les feuilles brisées et les thés en sachet libèrent leur caféine plus vite que les feuilles entières.
  • La température et la durée : une eau très chaude et une infusion longue extraient davantage.
  • La façon de boire : avec le matcha, on boit la feuille entière réduite en poudre. Un bol préparé avec 1 à 2 g de poudre peut contenir de l’ordre de 30 à 70 mg de caféine, parfois plus.

Attention

Les chiffres que l’on trouve en ligne pour un thé précis sont des moyennes de laboratoire. Votre tasse dépend de votre dosage, de votre eau et de votre temps d’infusion. Pour connaître la teneur d’un thé donné, la seule source fiable reste l’information fournie par son producteur.

Tanins et polyphénols : goût, astringence et couleur

Quand on parle des « tanins » du thé, on désigne en réalité ses polyphénols. Ce sont eux qui donnent la sensation de bouche sèche et un peu râpeuse que l’on appelle astringence, et une partie de l’amertume.

Les catéchines, dominantes dans les thés verts

Dans la feuille fraîche, les polyphénols sont surtout des catéchines. Dans un thé vert, chauffé rapidement après la cueillette pour stopper l’oxydation, elles restent en grande partie intactes. Elles donnent cette fraîcheur vive, parfois mordante, et une liqueur jaune-vert très claire.

Théaflavines et théarubigines, la signature des thés noirs

Quand la feuille est roulée puis laissée à l’air, les catéchines s’oxydent et se lient entre elles. Elles forment des théaflavines, de couleur jaune orangé, qui apportent l’éclat et le côté vif de la liqueur, puis des théarubigines, rouge-brun, qui donnent le corps et la couleur sombre. Les oolongs, partiellement oxydés, se situent entre ces deux mondes. C’est aussi pourquoi un thé noir laissé trop longtemps devient plus âpre et plus foncé.

Petites coupelles de feuilles de thé vert, oolong et thé noir posées devant leurs tasses d'infusion respectives

La L-théanine et la saveur umami des thés japonais ombragés

La L-théanine est un acide aminé que l’on trouve presque uniquement dans le théier. Elle est fabriquée dans les racines puis migre vers les feuilles. Au soleil, une partie se transforme en catéchines. À l’ombre, elle s’accumule.

Les producteurs japonais exploitent ce mécanisme : avant la récolte, ils couvrent certains théiers pendant plusieurs semaines. Une couverture d’une dizaine de jours donne le kabusecha ; une ombre plus longue, autour de trois semaines, donne le gyokuro et le tencha, la feuille que l’on moud pour obtenir le matcha. Résultat : des feuilles d’un vert profond, moins de catéchines, davantage de théanine, et une saveur umami, ronde et presque sucrée, qui évoque le bouillon.

Rangées de théiers recouvertes de filets d'ombrage noirs dans un jardin de thé au Japon

Pour révéler cet umami, il faut une eau douce en température : 50 à 60 °C pour un gyokuro, dans une petite théière kyusu qui permet de verser jusqu’à la dernière goutte. Le matcha, lui, se fouette : nous détaillons la méthode dans notre guide sur la préparation du thé matcha.

Température et temps : ce qui passe dans la tasse

Toutes les molécules ne se dissolvent pas au même rythme. Les acides aminés comme la théanine et une bonne partie des arômes passent vite dans l’eau, même tiède. La caféine se dissout bien dans l’eau chaude et sort en grande partie au cours des premières minutes. Les catéchines, elles, ont besoin de chaleur et de temps : plus l’eau est chaude et l’infusion longue, plus leur part augmente, et avec elle l’astringence.

C’est pour cette raison qu’un thé vert infusé à 95 °C devient âpre, alors que le même thé à 70 °C reste doux et végétal. La température n’est pas un détail de connaisseur : elle change l’équilibre de la tasse.

Eau chaude versée d'une bouilloire dans un gaiwan en porcelaine blanche contenant des feuilles de thé vert

Conseil

Une bouilloire à température réglable simplifie tout. Sans elle, laissez reposer l’eau bouillie quelques minutes, couvercle ouvert : sa température baisse plus ou moins vite selon le volume et la bouilloire, un thermomètre reste le plus fiable. Un petit sablier aide aussi à tenir les temps sans y penser.

Le tableau par famille de thé

Ce tableau résume ce qui domine en bouche dans chaque famille, avec des repères de préparation. La colonne caféine reste volontairement qualitative : les écarts à l’intérieur d’une même famille sont souvent plus grands qu’entre deux familles.

FamilleTransformationCe qui domine en boucheCaféine dans la tasseEau et temps indicatifs
Thé vert japonais ombragéOmbrage, chauffage à la vapeurThéanine, umami, peu d’astringencePlutôt élevée (jeunes feuilles)50 à 60 °C, 1 à 2 min
Thé vertNon oxydé, chauffé rapidementCatéchines, notes végétalesVariable70 à 85 °C, 1 à 3 min
Thé blancFlétri puis séchéDouceur, notes de foin et de fleursPas forcément faible si bourgeons75 à 90 °C, 2 à 5 min
OolongPartiellement oxydéÉquilibre catéchines et théaflavines, arômes floraux ou grillésVariable85 à 95 °C, infusions courtes répétées
Thé noirOxydéThéaflavines, théarubigines, corps et couleurSouvent marquée en infusion longue90 à 95 °C, 3 à 4 min
PuerFeuilles affinées dans le tempsNotes boisées ou terreuses, liqueur denseVariable95 à 100 °C, infusions courtes
Hojicha, kukichaFeuilles torréfiées, tigesNotes grillées, peu d’amertumeSouvent plus faible80 à 95 °C, 30 s à 1 min
Repères indicatifs pour 2 à 3 g de feuilles pour 20 cl d’eau : ajustez selon le thé et les indications de son producteur.

Chaque famille a aussi sa vaisselle de prédilection. Pour trouver la bonne, lisez notre guide quelle théière pour quel thé.

Pour une tasse moins astringente ou moins caféinée

Vous trouvez votre thé trop âpre, ou vous souhaitez simplement limiter la caféine en fin de journée ? Quelques gestes suffisent.

  1. Baissez la température de 5 à 10 °C : les catéchines passent moins, la tasse devient plus ronde.
  2. Raccourcissez l’infusion : 30 secondes de moins changent déjà l’équilibre, surtout pour un thé vert.
  3. Réduisez la dose de feuilles : c’est le levier le plus direct sur la quantité de caféine.
  4. Préférez les infusions courtes et répétées en gaiwan : chaque tasse est plus légère, et les premières concentrent l’essentiel de la caféine.
  5. Choisissez des thés torréfiés ou de tiges, comme le hojicha ou le kukicha, souvent cités comme plus légers en caféine.
  6. Le soir, passez aux infusions : le rooibos et les plantes ne viennent pas du théier et ne contiennent pas de caféine.

Attention

Jeter la « première eau » ne décaféine pas le thé. Un rinçage de quelques secondes réveille les feuilles roulées et emporte une partie de la caféine, mais une partie seulement. L’idée qu’un rinçage de 30 secondes retirerait l’essentiel de la caféine est une idée reçue.

Pour maîtriser au plus près les temps et les températures, le gaiwan reste l’outil le plus simple : on verse, on égoutte, et l’infusion s’arrête net. Si vous débutez avec la vaisselle chinoise ou japonaise, notre comparatif théière chinoise ou japonaise vous aidera à choisir.

Questions fréquentes

La théine est-elle différente de la caféine ?

Non. C’est la même molécule. Le nom « théine » date de l’époque où on l’a isolée dans le thé, avant de constater qu’elle était identique à la caféine du café.

Le thé vert contient-il moins de caféine que le thé noir ?

Pas forcément. Les écarts dépendent surtout de la cueillette, de la dose, de la température et du temps d’infusion. Un thé vert de jeunes pousses infusé longtemps peut en contenir autant qu’un thé noir.

Le thé blanc est-il pauvre en caféine ?

C’est une idée reçue. Les thés blancs de bourgeons, comme le Bai Hao Yinzhen, sont faits des parties les plus riches en caféine. On les infuse toutefois souvent à température modérée, ce qui en extrait moins.

Pourquoi mon thé est-il amer ou râpeux ?

Presque toujours à cause d’une eau trop chaude ou d’une infusion trop longue, qui extraient davantage de catéchines. Baissez la température, raccourcissez le temps, ou réduisez légèrement la dose.

D’où vient la saveur umami de certains thés verts ?

Principalement de la L-théanine et d’autres acides aminés, plus abondants dans les thés japonais ombragés avant la récolte, comme le gyokuro ou le matcha.

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